Pendant l'occupation l'achat de produits de toutes sortes: aliments, essence, tabac ... se fait avec des bons que l'on se procurent dans les mairies, chacun ayant droit à un quota.
Les réfractaires au STO vivant dans la clandestinité n'ont pas le droit à ces tickets. Il faut bien trouver une solution pour les nourrir. Cette solution est la réquisition, c'est à dire que les tickets sont subtilisés à la mairie ou pendant le transfert de ses bons, très souvent avec la complicité des employés de la mairie. Cela ne nuit en rien l'attribution de tickets aux autres personnes, car les autorités occupantes réapprovisionnent le stock de tickets en cas de "vol".
André Bonnot FTP raconte l'une de ces réquisitions :
Je venais d'avoir en tant que responsable aux effectifs, un rendez-vous avec le responsable régional Andrieux, de son vrai nom Marcel Perrot. Celui-ci me donnait depuis plusieurs mois des tickets d'alimentation destinés à nos Résistants démunis de tout. Ces tickets provenaient de diverses communes saisies par des Résistants.
C'est à votre tour de vous procurer les tickets d'alimentation du mois de mai de la ville de Perros me dit Andrieux. Je prévenais Louis Guyomard, gendarme à l'époque à la brigade de Perros que je considérais comme mon chef. La discrétion était bien entendu notre règle. Tout de suite il me dit qu'il fallait un moyen de transport, et il me désigna une moto à saisir chez un commerçant de Perros dont je tairais le nom.
Entre temps, j'avais contacté Bébert Boutier qui était des nôtres et employé à la Mairie de Perros. Nous étions ensemble à l'école et nous nous connaissions bien. Il me donna en temps voulu tous les détails : le jour et l'heure où il irait prendre possession du sac de tickets à la poste de Perros. Nous avions bien organisé notre coup avec mon ami Henri Chauvel, avec qui j'avais passé 3 ans à l'école Curie à Saint-Brieuc. Le jour J fin Avril, notre mission est prête.
Le 24 mai 1944 à 9 h 25
Quelques minutes d'attente, et voilà Bébert avec son sac sur le dos qui sort de la poste, un sac du genre sac à pommes de terre. Nous parcourons quelques mètres en moto, Henri bondit et braque de son arme notre ami en face du magasin Brai (tout près de la Poste), lui prend son sac et nous partons vers le bas de Perros, en direction de l'ancienne gare de chemin de fer, en face du lac.
J'avais dit à Louis Meudec de se trouver vers le port au cas ou il y aurait quelque chose d'anormal, de sortir son mouchoir de sa poche et de l'agiter pour se moucher. Au lieu de cela, le voilà rendu à la gare en nous faisant de grands gestes pour nous faire comprendre d'un danger.
Une centaine de mètres plus loin, je tournais à droite pour prendre la rue Émile Le Gac, mais voilà qu'un enfant traverse la route avec son cerceau juste devant nous. Je stoppe la moto, mais le moteur cale et nous savions que ce moteur une fois chaud avait du mal à repartir. Les coups de kick rigoureux ne donnaient rien et, au moment ou Chauvel se décidait à partir à pied, le moteur accepta de repartir. Quel soulagement ! Nous empruntons alors les routes de campagne et arrivons chez Louis et Yvonne Kerbiriou (cultivateurs, très dévoués pour la Résistance), à Keroic où Théophile Le Huérou nous aida à cacher la moto et le sac de tickets sous un tas de fagots.
Plus tard nous avons su par un témoin que, quelques minutes après notre traversée de la route de Pleumeur, l'auto mitrailleuse allemande qui se trouvait à Pont-Couennec, venait de passer juste avant nous.